Brève histoire du cinéma argentin

Le poids de l’histoire politique

L’histoire du cinéma argentin est forcément très liée aux convulsions politiques de ce pays. Les racines du cinéma argentin sont anciennes et remontent à la fin du XIXe s. ; les Français y jouèrent un rôle important, par l’exportation de leur technologie avancée dans ce domaine, bien sûr, mais aussi en tant qu’auteurs : Eugène Py (1859-1924), né à Carcassonne et émigré à Buenos Aires, est considéré comme le fondateur du cinéma argentin. L’avènement du parlant dans les années 1930 permet l’essor d’un genre typiquement argentin, le film de tango ; c’est dans ce genre que débute, en tant qu’acteur, Hugo del Carril (1912-1989) qui devint par la suite un réalisateur reconnu.  Par rapport au cinéma européen, le cinéma argentin eut à subir encore plus rudement la concurrence du cinéma états-unien, mais aussi du cinéma mexicain qui connut son âge d’or entre les années 1930 et la fin des années 1950. Le régime péroniste et l’instabilité politique qui suit la chute de Juan Peron ne favorisent pas le cinéma argentin ; le grand réalisateur Luis Saslavsky (1903-1995) s’exile en France où il réalise, entre 1951 et 1959,  plusieurs films sur des scénarios de Cocteau, Simenon ou encore Boileau et Narcejac ; à peu près à la même époque Carlos Hugo Christensen (1914-1999) quitte l’Argentine pour le Brésil.

Les années 1950-1960 voient l’émergence de la « Nouvelle Vague » argentine, le Nuevo Cine, qui suit de près la création d’un Institut National du Cinéma et des Arts Audiovisuels en 1957 (parmi les réalisateurs, on peut citer Leopoldo Torre Nilsson, Lautaro Murua, José Martinez-Suarez, Leonardo Favio, Rodolfo Kuhn, David José Kohon  et Manuel Antin, qui dirigea l’Institut National du Cinéma sous Raoul Alfonsin). La dictature militaire de 1976 à 1983 provoque l’exil de nombreux artistes et suscite un cinéma militant, dénonçant les atrocités commises par la junte fasciste dirigée par Videla. Le renouveau se produit au milieu des années 1990, avec des réalisateurs indépendants qui pratiquent un cinéma moins ouvertement militant mais aussi plus universel, ce qui ouvre à certains réalisateurs la voie de la notoriété internationale. C’est ce que les critiques ont appelé le Second Nuevo Cine, qui se détache du fardeau mémoriel de la dictature. Certains de ces réalisateurs, comme Fabian Bielinsky, sont sortis de l’INCAA. C’est en 1996 que se relève le Festival du cinéma de Mar del Plata, créé en 1954 et qui avait connu une longue éclipse depuis 1970 ; le directeur artistique actuel du festival est Peter Scarlet, qui a brièvement dirigé la Cinémathèque française de 2001 à 2002. En 1999 est créé le Festival international du Film indépendant de Buenos Aires (BAFICI). 27 films argentins sont sortis en 1997, ce chiffre monte à 73 en 2008 (Manzi, 2010) ; en 2015, 182 longs métrages de production ou coproduction argentine sont sortis en salle d’après les statistiques de l’INCAA. Signe de la qualité de la filmographie argentine, 16 films argentins ont été récompensés du Goya du meilleur film ibéro-américain depuis 1987, date de la création de ce prix.

France-Argentine

Du fait de la dictature, et de l’exil de nombreux artistes et intellectuels qui ont choisi de se réfugier en France (comme Jorge Cedron ou Fernando Solanas), des liens étroits se sont liés entre les deux pays, ce qui se traduit par de fréquentes co-productions franco-argentines. La société de production française « Les Films d’ici » a participé, par exemple, à la production du premier long-métrage de Lucia Cedron. Le réalisateur Gaspar Noé, diplômé de l’école Louis-Lumière, choyé de la critique parisienne, est né en 1963 à Buenos Aires où il passa son enfance avant de suivre ses parents en exil.  Avant lui, la réalisatrice Nelly Kaplan (auteure de La fiancée du pirate), née en 1931 à Buenos Aires, choisit de s’installer en France en 1953. De 2001 à 2015 a été organisée à Paris la Sudestada, quinzaine du cinéma argentin. De son côté, l’association ARCALT (Association Rencontres Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse,) organise depuis 1989 des rencontres (Cinelatino) destinées à faire connaître les cinémas d’Amérique latine ; la 31e édition s’est tenue du 22 au 31 mars 2019, la 32e se tiendra du 20 au 29 mars 2020. La Fémis a également un partenariat avec l’Universidad del Cine – FUC (Fundacion Universidad del Cine) de Buenos Aires depuis 2008.

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